LE FILS.--Je veux t'emporter ailleurs, où je puisse te pleurer tout mon content.
(Il sort, emportant le corps.)
LE PÈRE.--Ces bras te serviront de drap mortuaire, et mon coeur, cher enfant, sera ton tombeau; car jamais ton image ne sortira de mon coeur; les soupirs de ma poitrine seront la cloche de ta sépulture, et ton père te rendra de tels devoirs funèbres, qu'il pleurera ta perte, lui qui n'en a pas d'autre que toi, autant que Priam pleura celle de tous ses malheureux fils. Je vais t'emporter d'ici, et combatte qui voudra; car j'ai porté le coup mortel où je ne le devais pas.
(Il sort, emportant le corps.)
LE ROI.--Coeurs désolés et que le malheur accable, vous laissez ici un roi encore plus malheureux que vous.
(Alarmes, excursions. La reine Marguerite, le prince de Galles et Exeter.)
LE PRINCE DE GALLES.--Fuyez, mon père, fuyez! tous nos amis sont dispersés, et Warwick tempête comme un taureau irrité. Sauvons-nous; c'est nous que la mort poursuit.
MARGUERITE.--Montez à cheval, milord, et courez à toute bride vers Berwick. Édouard et Richard, comme une couple de lévriers qui voient de loin fuir le lièvre timide, sont sur nos épaules, les yeux enflammés et étincelants de rage; leur main furieuse serre un fer sanglant; hâtons-nous donc de quitter ces lieux.
EXETER.--Fuyons; la vengeance les accompagne.--Ne perdez pas le temps en représentations, faites diligence, ou bien suivez-moi, je vais partir devant.
LE ROI.--Non, emmenez-moi avec vous, mon cher Exeter: non pas que je craigne de rester ici; mais j'aime à aller où le veut la reine. Allons, partons.