LE ROI.--Plus que je ne parais, et moins que je ne devais être par ma naissance. Je suis un homme du moins, car je ne puis être moins. Les hommes peuvent parler des rois; pourquoi ne le pourrais-je?
SECOND GARDE-CHASSE.--Oui; mais tu parles comme si tu étais toi-même un roi.
LE ROI.--Eh bien! je le suis: en pensée, c'est tout ce qu'il faut.
SECOND GARDE-CHASSE.--Mais si tu es un roi, où est ta couronne?
LE ROI.--Ma couronne est dans mon coeur, et non pas sur ma tête. Elle n'est point ornée de diamants ni de pierres venues de l'Inde. On ne la voit point: ma couronne s'appelle contentement; c'est une couronne que les rois possèdent rarement.
SECOND GARDE-CHASSE.--Eh bien! si vous êtes un roi couronné de contentement, votre couronne, le contentement et vous, voudrez bien trouver votre contentement à nous suivre; car, comme nous présumons que vous êtes ce roi que le roi Édouard a déposé, comme nous sommes ses sujets, et que nous lui avons juré obéissance, nous vous arrêtons comme son ennemi.
LE ROI.--Mais n'avez-vous jamais fait de serment que vous ayez ensuite violé?
SECOND GARDE-CHASSE.--Non, jamais un serment de cette espèce, et nous ne commencerons pas aujourd'hui.
LE ROI.--Où habitiez-vous lorsque j'étais roi d'Angleterre?
SECOND GARDE-CHASSE.--Ici dans ce pays, où nous demeurons aujourd'hui.