LE ROI.--Je fus sacré roi à l'âge de neuf mois. Mon père et mon grand-père furent rois, et vous avez juré d'être mes fidèles sujets; répondez à présent: n'avez-vous pas violé vos serments?
PREMIER GARDE-CHASSE.--Non, car nous n'avons pu être vos sujets qu'autant que vous étiez roi.
LE ROI.--Eh quoi, suis-je mort? Ne suis-je pas un homme en vie? Ah! pauvres gens, vous ne savez pas ce que vous jurez! Voyez, comme d'un souffle j'écarte cette plume de mon visage, et comme l'air me la renvoie; obéissant à mon haleine, quand elle sort de ma bouche, cédant à un autre souffle quand il se fait sentir, et toujours maîtrisée par le vent le plus fort: telle est votre légèreté, hommes vulgaires. Mais ne violez pas vos serments: mes douces représentations ne tendent point à vous rendre coupables de ce péché. Allez où vous voudrez, le roi se laissera commander. Soyez rois, ordonnez, et j'obéirai.
PREMIER GARDE-CHASSE.--Nous sommes les fidèles sujets du roi, du roi Édouard.
LE ROI.--Et vous redeviendriez de même les sujets de Henri, si Henri était à la place où est le roi Édouard.
PREMIER GARDE-CHASSE.--Nous vous sommons, au nom de Dieu et du roi, de venir avec nous devant nos officiers.
LE ROI.--Au nom de Dieu, je suis prêt à vous suivre; que le nom de votre roi soit obéi! Que votre roi accomplisse la volonté de Dieu, et moi je me soumets humblement à sa volonté.
(Ils sortent.)
SCÈNE II
A Londres, un appartement dans le palais.