LE MESSAGER.--Mon souverain seigneur, je n'ai point de lettres: je n'apporte que quelques paroles, et telles encore, que je n'ose vous les rendre qu'après en avoir reçu d'avance le pardon.

LE ROI ÉDOUARD.--Va, elles te sont pardonnées: allons, en peu de mots, rends-moi leurs paroles, le plus fidèlement que le pourra ta mémoire. Quelle est la réponse du roi Louis à nos lettres?

LE MESSAGER.--Voici, quand je l'ai quitté, quelles ont été ses propres paroles: «Va, dis au traître Édouard, ton prétendu roi, que Louis de France se dispose à lui envoyer des masques pour lui donner le bal, à lui et à sa nouvelle épouse.»

LE ROI ÉDOUARD.--Louis est-il donc si brave? Je crois qu'il me prend pour Henri. Mais qu'a dit de mon mariage la princesse Bonne?

LE MESSAGER.--Voici ses paroles prononcées avec un calme dédaigneux: «Dites-lui que, dans l'espérance où je suis qu'il sera bientôt veuf, je porterai la guirlande de saule en sa considération.»

LE ROI ÉDOUARD.--Je ne la blâme point; elle ne pouvait guère en dire moins: c'est elle qui a été offensée. Mais que dit la femme de Henri? car je sais qu'elle était présente.

LE MESSAGER.--«Annonce-lui, m'a-t-elle dit, que j'ai quitté mes habits de deuil, et que je suis prête à me couvrir de l'armure.»

LE ROI ÉDOUARD.--Apparemment qu'elle se propose de jouer le rôle d'amazone. Mais qu'a dit Warwick de cette insulte?

LE MESSAGER.--Plus irrité que tous les autres, contre Votre Majesté, il m'a congédié avec ces mots: «Dis-lui de ma part qu'il m'a fait un affront, et qu'en revanche je le détrônerai avant qu'il soit peu.»

LE ROI ÉDOUARD.--Ah! le traître a osé prononcer ces insolentes paroles? Allons, puisque je suis si bien averti, je vais m'armer: ils auront la guerre, et me payeront leur présomption. Mais, réponds-moi, Warwick et Marguerite sont-ils bien ensemble?