LA REINE.--Il faut donc, jusque-là, que l'espérance soutienne ma vie. Et je veux en effet me sevrer du désespoir, par amour pour l'enfant d'Édouard que j'ai dans mon sein. C'est lui qui me fait contenir ma douleur, et porter avec patience la croix de mon infortune: oui, c'est pour lui que je retiens plus d'une larme, et que j'étouffe les soupirs qui dévoreraient mon sang, de crainte que ces pleurs et ces soupirs ne vinssent flétrir ou noyer le fruit sorti du roi Édouard, le légitime héritier de la couronne d'Angleterre.
RIVERS.--Mais, madame, que devient Warwick?
LA REINE.--Je suis informée qu'il marche vers Londres, pour placer une seconde fois la couronne sur la tête de Henri: tu devines le reste. Il faut que les amis d'Édouard se soumettent; mais pour prévenir la fureur du tyran (car il ne faut point se fier à celui qui a violé une fois sa parole), je vais de ce pas me réfugier dans le sanctuaire, afin de sauver du moins l'héritier des droits d'Édouard. Là, je serai en sûreté contre la violence et la fraude. Venez donc; fuyons, tandis que nous pouvons fuir encore. Si nous tombons entre les mains de Warwick, notre mort est certaine.
(Ils sortent.)
SCÈNE V
Un parc, près du château de Middleham, dans la province d'York.
Entrent GLOCESTER, HASTINGS, SIR WILLIAM STANLEY, et autres personnages.
GLOCESTER.--Cessez de vous étonner, lord Hastings, et vous, sir William Stanley, si je vous ai conduits ici dans le plus épais des bois de ce parc. Voici le fait. Vous savez que notre roi, mon frère, est ici prisonnier de l'évêque qui le traite bien, et lui laisse une grande liberté. Souvent, accompagné seulement de quelques gardes, il vient chasser dans ce bois pour se récréer. Je l'ai fait avertir en secret que si vers cette heure-ci il dirigeait ses pas de ce côté, sous prétexte de faire sa partie de chasse ordinaire, il trouverait ici ses amis avec des chevaux et main-forte, pour le délivrer de sa captivité.
(Entre le roi Édouard, accompagné d'un chasseur.)
LE CHASSEUR.--Par ici, milord; c'est de ce côté qu'est la chasse.