SCÈNE II

Une antichambre de l'appartement du roi.

Entrent LE DUC DE NORFOLK, LE DUC DE SUFFOLK, LE COMTE DE SURREY ET LE LORD CHAMBELLAN.

NORFOLK.--Si vous voulez maintenant unir vos plaintes, et les presser avec constance, il est impossible que le cardinal y résiste; mais si vous négligez l'occasion que vous offrent les circonstances, je ne réponds pas que vous ne subissiez de nouvelles disgrâces, ajoutées à celles qui vous oppriment déjà.

SURREY.--J'accueille avec joie la plus légère occasion que je puisse rencontrer de me venger de lui, en mémoire du duc, mon beau-père [9].

Note 9:[ (retour) ] Shakspeare a fait dans cette scène un double emploi du même personnage. Le duc de Surrey, gendre du duc de Buckingham, était à cette époque duc de Norfolk. Son père, le duc de Norfolk, que l'on voit paraître au commencement de la pièce, était mort en 1525, quatre ans avant la chute du cardinal.

SUFFOLK.--Quel est celui des pairs qui ait échappé à ses affronts, ou du moins à la plus étrange négligence? Quand a-t-il respecté en personne, si ce n'est en lui-même, le caractère de la dignité?

LE CHAMBELLAN.--Milords, vous parlez à votre gré; ce qu'il mérite de vous et de moi, je le sais; mais que nous puissions faire quelque chose contre lui, quoique ce moment-ci nous en offre l'occasion, j'en doute beaucoup. Si vous ne pouvez pas lui fermer l'accès auprès du roi, ne tentez jamais de l'attaquer; car il y a, dans sa langue, un charme infernal qui maîtrise le roi.

NORFOLK.--Oh! cessez de le craindre, son charme est détruit. Le roi a trouvé contre lui des faits qui ont gâté pour jamais le miel de son langage. Non, il est enfoncé dans la disgrâce de manière à ne s'en relever jamais.

SURREY.--Duc, ce serait une joie pour moi d'entendre le récit de ces nouvelles une fois par heure!