ADRIANA.—Qu'il sied mal à votre gravité de feindre si grossièrement, de concert avec votre esclave, et de l'exciter à me contrarier! Je veux bien que vous ayez le droit de me négliger; mais n'aggravez pas cet outrage par le mépris.—Allons, je vais m'attacher à ton bras: tu es l'ormeau, mon mari, et moi je suis la vigne[13], dont la faiblesse mariée à ta force partage ta vigueur: si quelque objet te détache de moi, ce ne peut être qu'une vile plante, un lierre usurpateur, ou une mousse inutile, qui, faute d'être élaguée, pénètre dans ta sève, l'infecte et vit aux dépens de ton honneur.

Niote 13:[ (retour) ]

Lenta qui velut asoitas,
Vitis implicat arbores,
Implicabitur in tuum
Complexum
.....
CATULLE.

ANTIPHOLUS.—C'est à moi qu'elle parle! elle me prend pour le sujet de ses discours. Quoi! l'aurais-je épousée en songe? ou suis-je endormi en ce moment, et m'imaginai-je entendre tout ceci? Quelle erreur trompe nos oreilles et nos yeux?—Jusqu'à ce que je sois éclairci de cette incertitude, je veux entretenir l'erreur qui m'est offerte.

LUCIANA.—Dromio, va dire aux domestiques de servir le dîner.

DROMIO.—Oh! si j'avais mon chapelet! Je me signe comme un pécheur. C'est ici le pays des fées. O malice des malices! Nous parlons à des fantômes, à des hiboux, à des esprits fantasques. Si nous ne leur obéissons pas, voici ce qui en arrivera: ils nous suceront le sang ou nous pinceront jusqu'à nous faire des bleus et des noirs.

LUCIANA.—Que marmottes-tu là en toi-même, au lieu de répondre, Dromio, frelon, limaçon, fainéant, sot que tu es?

DROMIO.—Je suis métamorphosé, mon maître; n'est-ce pas?

ANTIPHOLUS.—Je crois que tu l'es, dans ton âme, et je le suis aussi.

DROMIO.—Ma foi, mon maître, tout, l'âme et le corps.

ANTIPHOLUS.—Tu conserves ta forme ordinaire.