L'OFFICIER, à Dromio.—Allons, retiens ta langue.

DROMIO.—Persuadez-lui plutôt de retenir ses mains.

ANTIPHOLUS.—Bâtard que tu es! coquin insensible!

DROMIO.—Je voudrais bien être insensible, monsieur, pour ne pas sentir vos coups.

ANTIPHOLUS.—Tu n'es sensible qu'aux coups, comme les ânes.

DROMIO.—Oui, en effet, je suis un âne; vous pouvez le prouver par mes longues oreilles.—Je l'ai servi depuis l'heure de ma naissance jusqu'à cet instant, et je n'ai jamais rien reçu de lui pour mes services que des coups. Quand j'ai froid, il me réchauffe avec des coups; quand j'ai chaud, il me rafraîchit avec des coups; c'est avec des coups qu'il m'éveille quand je suis endormi, qu'il me fait lever quand je suis assis, qu'il me chasse quand je sors de la maison, qu'il m'accueille chez lui à mon retour. Enfin je porte ses coups sur mes épaules comme une mendiante porte ses marmots sur son dos; et je crois que quand il m'aura estropié, il me faudra aller mendier avec cela de porte en porte.

(Entrent Adriana, Luciana, la courtisane, Pinch et autres.)

ANTIPHOLUS.—Allons, suivez-moi, voilà ma femme qui vient là-bas.

DROMIO.—Maîtresse, respice finem, respectez votre fin, ou plutôt, comme disait le perroquet, prenez garde à la corde[30].

Niote 30:[ (retour) ]

Respice finem, respice funem, ces mots semblent renfermer une allusion à un fameux pamphlet du temps, écrit par Buchanan contre Liddington, lequel finissait par ces mots.

La prophétie du perroquet fait allusion à la coutume du peuple qui apprend à cet oiseau des mots sinistres. Lorsque quelque passant s'en offensait, le maître de L'oiseau lui répondait: Prenez garde, mon perroquet est prophète. WARBURTON.