HORTENSIO.--Oui, vraiment; et je suis dans l'étonnement de ce qu'il peut présager.
PETRUCHIO.--Comment? il présage la paix, la tendresse et une vie tranquille, et la légitime autorité du mari, et la bonne règle, et, pour tout dire en un mot, tout ce qu'il y a de doux et d'heureux.
BAPTISTA.--Allons, prospérez, Petruchio: vous avez gagné la gageure; et j'ajouterai à leurs pertes vingt mille écus; c'est une autre dot que je donne à une tout autre fille, car elle est changée comme elle ne l'a jamais été.
PETRUCHIO.--Allons, je n'en gagnerai que mieux encore la gageure, et je vous donnerai de plus grandes preuves de son obéissance et de son mérite tout nouvellement édifié. (Catherine revient avec Bianca et la veuve.) Voyez, la voilà qui revient, et qui vous amène vos rebelles épouses, prisonnières de son éloquence féminine.--Catherine, le chapeau que vous avez là ne vous sied pas: ôtez-moi ce colifichet, mettez-le sous vos pieds.
(Catherine ôte son chapeau et le jette à terre.)
LA VEUVE, à Hortensio.--Monsieur, puissé-je n'avoir jamais sujet de pleurer, jusqu'à ce que l'on m'ait amenée à une si sotte complaisance!
BIANCA.--Fi donc! quel respect imbécile est-ce là?
LUCENTIO.--Je voudrais que le vôtre pour moi fût aussi fou. La réserve de votre obéissance, belle Bianca, m'a coûté cent ducats depuis le souper.
BIANCA.--Vous n'en êtes qu'un plus grand fou de risquer une gageure sur mon obéissance.
PETRUCHIO.--Catherine, je te charge d'expliquer à ces femmes rebelles quel respect elles doivent à leurs époux, leurs seigneurs et maîtres.