PETRUCHIO.--Bon! cela n'est rien, car je vous annonce, mon père, que je suis aussi entêté qu'elle est fière et hautaine: et lorsque deux feux violents viennent à se rencontrer, ils consument l'objet qui nourrit leur furie. Bien qu'un petit feu grandisse au souffle d'un petit vent, de violentes bouffées emportent feu et flamme: c'est ce que je ferai, et il faudra bien qu'elle me cède, car je suis rude, et je ne fais pas ma cour comme un enfant.

BAPTISTA.--Puisses-tu réussir auprès d'elle! Bonne chance! mais sois armé contre quelques mots malheureux.

PETRUCHIO.--Je suis à l'épreuve, comme les montagnes contre les vents qui ne peuvent les ébranler malgré leur souffle continuel.

(Hortensio paraît avec une contusion sanglante à la tête.)

BAPTISTA.--Quoi donc, mon ami? Pourquoi as-tu l'air si pâle?

HORTENSIO.--C'est de peur, je vous le promets, si j'ai l'air pâle.

BAPTISTA.--Eh bien! ma fille deviendra-t-elle bonne musicienne?

HORTENSIO.--Je crois qu'elle sera plus tôt un bon soldat: le fer pourra résister avec elle, mais non pas les luths.

BAPTISTA.--Vous ne pouvez donc pas la rompre au luth?

HORTENSIO.--Non, c'est elle qui a rompu le luth sur moi; je n'ai fait que lui dire qu'elle se méprenait sur les touches, et prendre sa main pour lui montrer à placer ses doigts, lorsque dans un transport d'emportement diabolique: «Quoi! s'est-elle écriée, vous appelez cela les touches? Oh! je vais bien les trouver, moi, les touches;» et, à ces mots, elle m'a frappé à la tête, si bien que ma caboche a passé à travers l'instrument; je suis resté étourdi et confondu comme un homme attaché au pilori, regardant à travers le luth, pendant qu'elle m'appelait coquin de ménétrier, mauvais racleur, avec cent autres épithètes injurieuses, comme si elle eût pris à tâche de m'insulter ainsi.