PETRUCHIO.--Ce sont les soucis.

CATHERINE.--Je ne m'en soucie guère, moi.

PETRUCHIO.--Écoutez, Catherine, vous ne m'échapperez point ainsi.

CATHERINE.--Je vous mettrai en colère, si je reste davantage, ainsi laissez-moi partir.

PETRUCHIO.--Non, non, pas du tout. Je vous trouve excessivement aimable. On m'avait dit que vous étiez revêche, taciturne et sombre, et je vois à présent que la renommée est une menteuse, car vous êtes agréable, enjouée, on ne peut pas plus polie, lente à parler, mais douce dans vos paroles, comme les fleurs du printemps; vous ne pouvez pas seulement froncer le sourcil, ni regarder de travers, ni vous mordre les lèvres, comme font les filles colères, et vous n'avez aucun plaisir à contredire mal à propos; mais vous accueillez avec douceur vos amants, et vous les entretenez de doux propos, avec une politesse et une affabilité rares. Pourquoi le monde dit-il que Cateau est boiteuse? O monde calomniateur Cateau est droite et élancée comme une tige de noisetier; elle est d'une nuance aussi brune que l'écorce de ses noix, et plus douce que ses amandes. Oh! que je vous voie marcher.--Vous ne boitez point.

CATHERINE.--Allez, sot, allez donner des ordres à ceux qui dépendent de vous.

PETRUCHIO.--Jamais Diane a-t-elle embelli un bocage comme Cateau embellit cet appartement de son port majestueux? Ah! soyez Diane, vous, et que Diane devienne Cateau; et qu'alors Cateau soit chaste, et Diane folâtre.

CATHERINE.--Où avez-vous étudié tout ce beau discours?

PETRUCHIO.--C'est un impromptu, formé de l'esprit de ma mère.

CATHERINE.--Une mère vraiment spirituelle! sans elle son fils n'aurait pas le sens commun.