PETRUCHIO.--Ne suis-je pas plein de sens?

CATHERINE.--Oui; tenez-vous chaudement.

PETRUCHIO.--Vraiment, douce Catherine, c'est bien mon intention, dans votre lit. Et, en conséquence, laissant là tout ce vain babil, je vous déclare tout uniment que votre père a donné son consentement à ce que vous soyez ma femme: votre dot est un article arrêté, et bon gré mal gré, je vous épouserai. Oh! Cateau, je suis le mari qu'il vous faut; car, par cette lumière par laquelle je vois votre beauté (votre beauté qui fait que vous me plaisez beaucoup), je jure que vous ne devez être mariée à aucun autre homme qu'à moi, car je suis l'homme né exprès, Cateau, pour vous apprivoiser et vous convertir de Cateau sauvage en Cateau douce et aimable, comme les autres Cateaux qui font bon ménage. Voici votre père; n'allez pas me refuser; je veux avoir, et j'aurai Catherine pour ma femme.

(Entrent Baptista, Gremio et Tranio.)

BAPTISTA.--Eh bien! seigneur Petruchio, comment vont vos affaires avec ma fille?

PETRUCHIO.--Comment? fort bien, monsieur. Comment voulez-vous qu'elles n'aillent pas bien? Il est impossible que je ne réussisse pas.

BAPTISTA.--Eh bien! qu'en dites-vous, ma fille Catherine? Êtes-vous dans un de vos mauvais moments?

CATHERINE.--Vous m'appelez votre fille? en effet, vous m'avez donné vraiment une belle preuve de tendresse paternelle, en voulant me marier à un homme à demi-fou, à un vaurien sans cervelle, à un impertinent qui ne fait que jurer, et qui s'imagine vous déconcerter avec ses jurements.

PETRUCHIO.--Beau-père, voici ce que c'est:--Vous, et tout le monde qui avez parlé d'elle, vous vous êtes trompés sur son compte: si elle est bourrue, c'est par politique: car elle n'est point hardie; elle est modeste comme une colombe; elle n'est point violente, mais calme comme le matin; elle serait, en patience, une seconde Griselidis et une Lucrèce romaine en chasteté; et, pour conclure, nous nous sommes si bien convenus, que dimanche est le jour de nos noces.

CATHERINE.--Je te verrai d'abord pendre dimanche.