TRANIO.--Ce seulement est venu à propos. (A Baptista.) Monsieur, écoutez-moi: je suis l'unique fils et héritier de mon père; si je peux obtenir votre fille pour mon épouse, je lui laisserai, dans l'enceinte de l'opulente Pise, des maisons trois ou quatre fois aussi belles, aussi bien meublées qu'aucune de celles que possède dans Padoue le vieux seigneur Gremio; en outre, deux mille ducats de revenu par année sur une terre fertile; tous ces avantages formeront son douaire. Eh bien! seigneur Gremio, vous ai-je pincé?

GREMIO.--Deux mille ducats de revenu en terre! Ma terre tout entière ne monte pas à cette somme; mais ma terre sera à elle, et en outre un vaisseau, qui maintenant vogue sur la route de Marseille. Eh bien, le vaisseau ne vous coupe-t-il pas la parole?

TRANIO.--Gremio, tout le monde sait que mon père n'a pas moins de trois vaisseaux à lui, outre deux vastes galiotes, et douze belles galères; je lui en ferai don, et deux fois autant encore, après votre dernière offre.

GREMIO.--Moi, j'ai tout offert; je n'ai plus rien à offrir, et elle ne peut avoir plus que je n'ai moi-même.--(A Baptista.) Si vous m'agréez, elle m'aura avec tout mon bien.

TRANIO.--Cela étant, la jeune personne est à moi, par l'univers! D'après votre promesse, je dame le pion à Gremio.

BAPTISTA.--Je dois convenir que votre offre est la plus forte; et si votre père veut lui en cautionner l'assurance, elle est à vous: autrement, vous voudrez bien m'excuser; car si vous mouriez avant elle, où serait son douaire?

TRANIO.--C'est une mauvaise chicane: mon père est vieux, et moi je suis jeune.

GREMIO.--Et les jeunes gens ne peuvent-ils pas mourir aussi bien que les vieux?

BAPTISTA.--Enfin, messieurs, voici ma dernière résolution.--Dimanche prochain, vous le savez, ma fille Catherine doit être mariée: eh bien, le dimanche suivant, Bianca vous épousera, si vous me donnez cette caution: sinon, elle est au seigneur Gremio; et sur ce, je prends congé de vous, et vous fais mes remerciements à tous les deux.

(Baptista sort.)