CATHERINE.--Je me fâcherai. Qu'avez-vous à faire?--Mon père, soyez tranquille, il attendra mon loisir.
GREMIO.--Oui, oui, monsieur, cela commence à prendre.
CATHERINE.--Messieurs, allons commencer le dîner des noces. Je vois qu'on pourrait faire d'une femme une sotte, si elle n'avait pas de fermeté pour tenir bon.
PETRUCHIO.--Ces messieurs vont aller dîner, Catherine, suivant ton ordre.--Obéissez à la mariée, vous qui l'avez accompagnée à la cérémonie; allez au banquet, divertissez-vous bien, et livrez-vous à la bonne humeur; buvez à pleine coupe à sa virginité; soyez gais jusqu'à la folie... ou allez au diable, si vous voulez.--Mais pour ma belle Cateau il faut qu'elle vienne avec moi. Oui, ne me regardez pas de travers, ne frappez pas du pied, ne me fixez pas d'un oeil menaçant, ne vous mettez pas en courroux, je serai le maître de ce qui m'appartient, j'espère; elle est mon bien, mon mobilier; elle est ma maison, mon ménage, mon champ, ma grange, mon cheval, mon boeuf, mon âne, mon tout enfin; et la voilà ici près de moi, qu'aucun de vous ose la toucher: je mettrai à la raison le plus hardi qui osera m'arrêter sur mon chemin à travers Padoue.--Grumio, tire ton arme, nous sommes assiégés de voleurs; délivre ta maîtresse, si tu es un homme de coeur.--N'aie pas peur, ma fille; ils ne te toucheront pas, Catherine: je serai ton bouclier contre un million d'ennemis.
(Petruchio sort avec Grumio, emmenant Catherine.)
BAPTISTA.--Allons, laissez-les aller; c'est un couple d'amants fort paisibles!
GREMIO.--S'ils ne s'en étaient pas allés promptement, je serais mort de rire.
TRANIO.--On a bien vu des mariages fous, mais jamais on n'en vit un pareil à celui-ci.
LUCENTIO, à Bianca.--Mademoiselle, que pensez-vous de votre soeur?
BIANCA.--Qu'étant folle elle-même, elle s'est follement mariée.