LE PÉDANT.--Ma vie, monsieur? Comment, je vous prie? car cela est sérieux.

TRANIO.--Il y a la mort pour tout habitant de Mantoue qui vient à Padoue: est-ce que vous n'en savez pas la cause? Vos vaisseaux sont arrêtés à Venise, et le duc, pour une querelle particulière élevée entre lui et votre duc, a fait publier et proclamer cette peine partout. C'est une chose surprenante; mais si vous étiez arrivé un moment plus tôt, vous l'auriez entendu annoncer ici à son de trompe.

LE PÉDANT.--Hélas! monsieur, il y a encore de plus grands malheurs que cela pour moi; car j'ai avec moi des lettres de change de Florence qu'il faut que je rende ici.

TRANIO.--Eh bien! monsieur, pour vous obliger je veux bien le faire, et je vous donnerai de bons moyens.--D'abord, dites-moi, avez-vous jamais été à Pise?

LE PÉDANT.--Oui, monsieur, j'ai souvent été à Pise; à Pise, ville fameuse par la noblesse de ses citoyens.

TRANIO.--Connaissez-vous parmi eux un certain Vincentio?

LE PÉDANT.--Je ne le connais pas, mais j'ai entendu parler de lui: c'est un négociant d'une richesse incomparable.

TRANIO.--Il est mon père, monsieur, et, à dire la vérité, il vous ressemble un peu par les traits du visage.

BIONDELLO, à part.--Comme une pomme ressemble à une huître: c'est tout la même chose.

TRANIO.--Afin de mettre vos jours en sûreté dans ce péril extrême, je vous ferai ce plaisir par amour pour lui; et ne croyez pas que ce soit un malheur pour vous d'avoir quelque ressemblance avec le seigneur Vincentio. Vous aurez son nom et son crédit, vous serez logé comme un ami dans ma maison.--Songez à jouer votre rôle comme il convient; vous m'entendez, monsieur? Vous resterez chez moi jusqu'à ce que vous ayez terminé vos affaires dans la ville: si ce service vous oblige, monsieur, acceptez-le.