LE PÉDANT.--Oh! monsieur, bien volontiers; et je vous regarderai toujours comme le protecteur de ma vie et de ma liberté.
TRANIO.--Allons, venez donc avec moi exécuter ce que je propose, et écouter ce que je vais vous dire en chemin.--Mon père est attendu d'un jour à l'autre pour être caution d'un douaire à l'occasion de mon mariage avec une des filles de Baptista, citoyen de cette ville: je vous mettrai au fait de toutes les circonstances. Venez avec moi, monsieur, pour vous habiller comme il convient.
(Ils sortent.)
SCÈNE III
Appartement dans la maison de Petruchio.
CATHERINE, GRUMIO.
GRUMIO.--Non, non, en vérité: je n'oserais, sur ma vie.
CATHERINE.--Plus il m'outrage, et plus son méchant caractère se décèle. Quoi donc, m'a-t-il épousée pour me faire mourir de faim? Les mendiants qui viennent à la porte de mon père, sur la moindre prière, obtiennent une prompte aumône; ou bien si on la leur refuse, ils trouvent des charités ailleurs. Mais moi, qui n'ai jamais su prier, et qui n'ai jamais eu besoin de prier, je suis affamée faute d'aliments, et étourdie faute de sommeil; on me tient éveillée par des jurements; on me nourrit de clameurs, de privations; et, ce qui me dépite encore plus que toutes ces privations, c'est qu'il prétend me prouver par là le plus parfait amour. Il semble dire que si je goûtais de quelques mets, ou quelques heures de sommeil, je tomberais aussitôt malade, ou que j'en mourrais.--Je te prie, Grumio, va me chercher quelque chose à manger: n'importe quoi, pourvu que ce soit un mets sain.
GRUMIO.--Que dites-vous d'un pied de boeuf?
CATHERINE.--Cela est exquis; je t'en prie, fais-m'en avoir.