(Entre Petruchio avec un plat de viandes, et Hortensio.)

PETRUCHIO.--Comment se porte ma Catherine? Quoi! mon coeur, toute consternée?

HORTENSIO.--Eh bien! madame, comment vous trouvez-vous?

CATHERINE.--Oh! aussi froide qu'il est possible de l'être.

PETRUCHIO--Allons, ranimez vos esprits: montrez-moi un oeil serein et gai. Approchez, mon amour, et mettez-vous à table: vous voyez mon empressement et mes soins pour vous préparer moi-même ce mets et vous l'apporter. (Petruchio met le plat sur une table.) Je suis sûr, chère Catherine, que ma tendresse mérite des remerciements.--Quoi! pas un mot? Allons, vous n'aimez pas cela, et toutes mes peines restent sans fruit. (A un laquais.) Vite, ôtez ce plat.

CATHERINE.--Je vous en prie, qu'il reste.

PETRUCHIO.--Le plus petit service est payé de reconnaissance, et il faut que le mien reçoive son prix avant que vous touchiez à ce mets.

CATHERINE.--Je vous remercie, monsieur.

HORTENSIO.--Allons, fi! seigneur Petruchio: vous avez tort.--Venez, madame, je vous tiendrai compagnie.

PETRUCHIO, bas à Hortensio.--Tâche de le manger tout entier, Hortensio, si tu as de l'amitié pour moi.--(A Catherine.) Je souhaite que cela fasse beaucoup de bien à ton cher petit coeur!--Allons, Catherine, mange vite.--Et à présent, ma douce amie, nous allons retourner à la maison de ton père, et nous y réjouir dans la parure la plus brillante, robe de soie, chapeaux, anneaux d'or, fraises, manchettes, vertugadins, et autres pompons, avec des écharpes, des éventails et double parure à changer; des bracelets d'ambre, des colliers, et tous les noeuds les plus élégants.--Allons, as-tu dîné? Le tailleur attend pour orner ta personne de ses riches étoffes. (Entre un tailleur.) Venez, tailleur, faites-nous voir tous ces beaux habits[38]. Déployez la robe. (Entre un chapelier.) Et vous, qu'apportez-vous!