PETRUCHIO, à part, à Hortensio.--Hortensio, dis que tu feras payer le tailleur.--(Au garçon.) Allons, prends-la, sors, et ne réplique pas un mot.
HORTENSIO.--Tailleur, je te payerai la robe demain. Ne t'offense pas de ces duretés qu'il te dit dans son emportement; va-t'en, te dis-je, mes compliments à ton maître, garçon.
(Le tailleur sort remportant la robe.)
PETRUCHIO.--Allons, venez, Catherine, nous irons voir votre père dans ces habillements simples et honnêtes; nos bourses seront fières si nos habits sont humbles, car c'est l'âme qui rend le corps riche; et comme le soleil perce les nuages les plus noirs, l'honneur de même perce à travers l'habit le plus grossier. Quoi! le geai est-il plus précieux que l'alouette, parce que son plumage est plus beau? ou le serpent vaut-il mieux que l'anguille, parce que sa peau bigarrée charme l'oeil? Oh! non, non, chère Catherine; et toi, tu ne vaux pas moins ton prix, pour être vêtue de cette robe simple et de cette parure mesquine. Si tu crois qu'il y a de la honte, mets-la sur mon compte. Allons, sois joyeuse; nous allons partir sur-le-champ pour aller nous réjouir et célébrer la fête à la maison de votre père. (A un de ses gens.) Allez, appelez mes gens.--Allons le trouver sans délai.--Amène nos chevaux au bout de la longue ruelle, nous monterons là, et jusque-là nous irons à pied en nous promenant.--Voyons, je crois qu'il est environ sept heures, et nous pouvons fort bien y arriver pour dîner.
CATHERINE.--J'ose vous assurer, monsieur, qu'il est presque deux heures, et il sera l'heure du souper avant que nous soyons arrivés.
PETRUCHIO.--Il sera sept heures avant que je monte à cheval.--Voyez, tout ce que je dis, ce que je fais, ou ce que j'ai le projet de faire, vous êtes toujours à me contredire.--(A ses gens.) Allons, laissez; je n'irai pas aujourd'hui, ou avant que j'y aille, il sera l'heure que je dis qu'il est.
HORTENSIO.--Allons! cet homme-là commandera au soleil.
(Petruchio, Catherine et Hortensio sortent.)
SCÈNE IV
Padoue.--Devant la maison de Baptista.