BOLINGBROKE.--Quand je fus banni, j'étais Hereford banni, mais maintenant je reviens Lancastre: et mon digne oncle, j'en conjure Votre Grâce, examinez d'un oeil impartial les injures que j'ai souffertes. Vous êtes mon père, car il me semble qu'en vous je vois vivre encore le vieux Gaunt; ô vous donc, mon père, souffrirez-vous que je reste condamné au sort d'un vagabond errant, mes droits et mon royal héritage arrachés de mes mains par la violence et abandonnés à des prodigues parvenus? A quoi me sert donc ma naissance? Si le roi mon cousin est roi d'Angleterre, il faut bien m'accorder que je suis duc de Lancastre. Vous avez un fils, Aumerle, mon noble parent: si vous étiez mort le premier, et qu'il eût été foulé aux pieds comme moi, il aurait retrouvé dans son oncle Gaunt un père pour poursuivre l'injustice et la mettre aux abois. On me refuse le droit de poursuivre la mise en possession de mes biens, comme j'y suis autorisé par mes lettres patentes, tous les biens de mon père ont été saisis et vendus, et, comme tout le reste, mal employés! Que vouliez-vous que je fisse? Je suis un sujet, et je réclame la loi; on me refuse des fondés de pouvoir; je viens donc réclamer en personne l'héritage qui me revient par légitime descendance.
NORTHUMBERLAND.--Le noble duc a été trop indignement traité.
ROSS.--Il dépend de Votre Grâce de lui rendre justice.
WILLOUGHBY.--Des hommes indignes se sont agrandis à ses dépens.
YORK.--Messeigneurs d'Angleterre, laissez-moi vous parler.--J'ai ressenti les outrages faits à mon cousin, et j'ai fait tout ce que j'ai pu pour lui faire rendre justice: mais venir ainsi avec des armes menaçantes, en s'ouvrant soi-même un chemin l'épée à la main, en cherchant à reconquérir ses droits par l'injustice, cela ne se peut pas.--Et vous qui le soutenez dans cette conduite, vous favorisez la révolte et vous êtes tous des rebelles.
NORTHUMBERLAND.--Le noble duc a fait serment qu'il ne revenait que pour revendiquer ce qui lui appartient: sa cause est si juste que nous avons tous solennellement juré de lui prêter notre secours, et que celui de nous qui violera son serment ne voie jamais la joie.
YORK.--Allons, allons, je vois quelle sera l'issue de cet armement. Je n'y puis rien, il faut que je le confesse; mon pouvoir est faible, et tout m'a été laissé en mauvais état. Si je le pouvais, j'en jure par Celui qui m'a donné la vie, je vous ferais tous arrêter et vous obligerais à implorer la souveraine miséricorde du roi; mais, puisque je ne le puis, je vous déclare que je reste neutre; ainsi, adieu, à moins qu'il ne vous plaise d'entrer dans le château, et d'y prendre du repos cette nuit.
BOLINGBROKE.--C'est une offre, mon oncle, que nous accepterons volontiers; mais il faut que nous persuadions à Votre Grâce de venir avec nous au château de Bristol, qu'on dit occupé par Bushy, Bagot et leurs complices, ces chenilles de l'État, que j'ai fait serment d'abattre et de détruire.
YORK.--Il pourrait se faire que j'allasse avec vous. Mais non, cependant, j'y réfléchirai, car j'ai de la répugnance à enfreindre les lois de notre patrie. Vous n'êtes ni mes amis ni mes ennemis, mais vous êtes les bienvenus chez moi: je ne veux plus prendre souci de choses auxquelles on ne peut plus porter remède.