Note 19:[ (retour) ] ..... Double-fatal yew.

Doublement fatal par son bois propre à faire des arcs, et par les propriétés nuisibles de son feuillage.

RICHARD.--Tu ne m'as que trop bien, trop bien fait un si triste récit.--Où est le comte de Wiltshire? Où est Bagot? Qu'est devenu Bushy? Où est Green? Pourquoi ont-ils laissé ce dangereux ennemi mesurer ainsi nos frontières d'un pas tranquille?.... Si nous l'emportons, ils le payeront de leurs têtes.--Je vous garantis qu'ils ont fait leur paix avec Bolingbroke.

SCROOP.--Il est vrai, seigneur, ils ont fait leur paix avec lui.

RICHARD.--Traîtres! ah! vipères! damnés sans rédemption! chiens aisément amenés à ramper devant le premier venu! serpents réchauffés dans le sang de mon coeur, et qui me percent le coeur! trois Judas, chacun trois fois pire que Judas! Devaient-ils faire leur paix? Que pour ce crime le terrible enfer déclare la guerre à leurs âmes souillées!

SCROOP.--La tendre amitié, je le vois, lorsqu'elle change de nature, produit la plus amère et la plus mortelle haine.--Révoquez vos malédictions sur leurs âmes: ils ont fait leur paix en donnant leurs têtes, et non leurs mains; ceux que vous maudissez ont reçu le coup le plus cruel que puisse frapper la mort, et gisent assez bas ensevelis dans le sein de la terre.

AUMERLE.--Quoi! Bushy, Green et le comte de Wiltshire sont morts?

SCROOP.--Oui, ils ont tous perdu la tête à Bristol.

AUMERLE.--Où est le duc mon père avec ses troupes?

RICHARD.--N'importe où il est.... Que personne ne me parle de consolation. Entretenons-nous de tombeaux, de vers, d'épitaphes; que la poussière soit notre papier, et que la pluie qui coule de nos yeux écrive notre douleur sur le sein de la terre; choisissons nos exécuteurs testamentaires, et parlons de testaments. Et cependant non; car que pourrions-nous léguer sinon nos corps dépouillés à la terre? Nos possessions, notre vie, tout appartient à Bolingbroke, et il n'est plus rien que nous puissions dire à nous que la mort, et ce petit moule, fait d'une terre stérile, qui couvre nos os, comme une pâte. Au nom du ciel, asseyons-nous par terre, et racontons les tristes histoires de la mort des rois; comment quelques-uns ont été déposés, quelques-uns tués à la guerre, d'autres hantés par les fantômes de ceux qu'ils avaient dépossédés, d'autres empoisonnés par leurs femmes, d'autres égorgés en dormant; tous assassinés! La Mort tient sa cour dans le creux de la couronne qui ceint le front mortel d'un roi: c'est là que siége sa grotesque figure se riant de la grandeur du souverain, insultant à sa pompe: elle lui accorde un souffle de vie, une courte scène pour jouer le monarque, être craint et tuer de ses regards, l'enivrant d'une vaine opinion de lui-même, comme si cette chair qui sert de rempart à notre vie était d'un bronze impénétrable! Et après s'être amusée un moment, elle en vient au dernier acte, et d'une petite épingle elle perce le mur du château.... et adieu le roi.--Couvrez vos têtes, et n'insultez pas par ces profonds hommages la chair et le sang; rejetez loin de vous le respect, les traditions, l'étiquette, les devoirs cérémonieux. Vous m'avez méconnu jusqu'à présent: je vis de pain, comme vous, je sens comme vous le besoin, je suis atteint par le chagrin; j'ai besoin d'amis. Ainsi assujetti, comment pouvez-vous me dire que suis un roi?

L'ÉVÊQUE DE CARLISLE.--Seigneur, les hommes sages ne déplorent jamais les maux présents: ils emploient le présent à éviter d'en avoir d'autres à déplorer. Craindre votre ennemi, puisque la crainte accable la force, c'est donner par votre faiblesse des forces à votre ennemi; et par là votre folie combat contre vous-même.--Craignez et soyez tué!.... Il ne peut rien vous arriver de pis en combattant. Combattre et mourir, c'est la mort détruisant la mort; mourir en tremblant, c'est rendre lâchement à la mort le tribut de sa vie.