AUMERLE.--Mon père a des troupes: informez-vous où il est; et d'un seul membre apprenez à faire un corps.
RICHARD.--Tes reproches sont justes.--Superbe Bolingbroke, je viens pour échanger avec toi des coups dans ce jour qui doit nous juger. Cet accès de fièvre de terreur est tout à fait dissipé.--C'est une tâche aisée que de reprendre son bien.--Dis-moi, Scroop, où est notre oncle avec ses troupes? Homme, réponds-moi avec douceur, quoique tes regards soient sinistres.
SCROOP.--On juge par la couleur du ciel de l'état et des dispositions de la journée: ainsi pouvez-vous juger, par mon air sombre et abattu, que ma langue n'a à vous faire qu'un rapport plus triste encore. Je joue ici le rôle d'un bourreau, en allongeant ainsi peu à peu ce qu'il y a de pis et qu'il faut bien dire.--Votre oncle York s'est joint à Bolingbroke; tous vos châteaux du nord se sont rendus, et toute votre noblesse du midi est en armes pour sa cause.
RICHARD.--Tu en as dit assez. (A Aumerle.)--Malédiction sur toi, cousin, qui m'as éloigné de la bonne voie où j'étais pour trouver le désespoir! Que dites-vous à présent? quelle ressource nous reste-t-il à présent? Par le ciel, je haïrai éternellement quiconque m'exhortera davantage à prendre courage. Allons au château de Flint; j'y veux mourir de ma douleur. Un roi vaincu par le malheur doit obéir au malheur, son roi. Congédiez les troupes qui me restent, et qu'elles aillent labourer la terre qui leur offre encore quelques espérances: pour moi, je n'en ai point.--Que personne ne me parle de changer mon dessein: tout conseil serait vain.
AUMERLE.--Mon souverain, un mot.
RICHARD.--Celui dont la langue me blesse par ses flatteries me fait un double mal.--Licenciez ma suite, qu'ils s'en aillent. Qu'ils fuient de la nuit de Richard vers le jour brillant de Bolingbroke.
(Ils sortent.)
SCÈNE III
La scène est dans le pays de Galles, devant le château de Flint.
Entrent avec des tambours et des étendards BOLINGBROKE et ses troupes, YORK, NORTHUMBERLAND et plusieurs autres.