RICHMOND.--Mes compagnons d'armes et mes bien chers amis, froissés sous le joug de la tyrannie, nous voici parvenus sans obstacle jusque dans le sein de l'Angleterre; et nous recevons ici de notre père Stanley une lettre bien propre à nous soutenir et à nous encourager. Le sanguinaire usurpateur, l'infâme sanglier qui a ravagé vos récoltes de l'été et vos vignes fertiles, et va jusque dans vos entrailles, dont il a fait son auge, engloutir, comme l'eau immonde dont il se nourrit, votre sang encore fumant, cet odieux pourceau est, à ce que nous apprenons, gîté au centre de cette île, près de la ville de Leicester; de Tamworth jusque-là nous n'avons qu'un jour de marche. Au nom de Dieu, courageux amis, allons d'un coeur allègre, dans les sanglants hasards d'un combat dangereux, mais unique, recueillir la moisson d'une paix éternelle.
OXFORD.--La conscience de notre droit vaut en chacun de nous mille épées, pour combattre ce sanguinaire homicide.
HERBERT.--Je ne doute pas que ses amis ne l'abandonnent pour se joindre à nous.
BLUNT.--Il n'a d'amis que ceux que retient la crainte, et qui l'abandonneront au moment où il aura le plus besoin de leur secours.
RICHMOND.--Tout est pour nous. Ainsi, marchons au nom de Dieu. L'espérance légitime avance rapidement et vole sur les ailes de l'hirondelle: des rois elle fait des dieux, et des créatures moins nobles elle fait des rois.
(Ils sortent.)
SCÈNE III
La plaine de Bosworth.
Entrent LE ROI RICHARD et des troupes; LE DUC DE NORFOLK, LE COMTE DE SURREY, et autres lords.
LE ROI RICHARD.--Plantons ici nos tentes dans la plaine de Bosworth. Milord Surrey, pourquoi avez-vous l'air si triste?