VALENTIN ET VIOLA en habit de page
VALENTIN.—Si le duc vous continue ses faveurs, vraiment, Césario, vous avez bien l'air de faire une grande fortune: il n'y a encore que trois jours qu'il vous connaît, et vous n'êtes déjà plus un étranger.
VIOLA.—Vous craignez donc ou l'inconstance de son humeur, ou ma négligence, pour mettre ainsi en doute la durée de son affection? Est-il inconstant, monsieur, dans ses goûts?
VALENTIN.—Non, croyez-moi.
(Entrent le duc et Curio; suite.)
VIOLA, à Valentin.—Je vous remercie.—Voici le comte qui vient.
LE DUC.—Qui de vous a vu Césario?
VIOLA.—Il est à votre suite, seigneur: me voici.
LE DUC, aux autres.—Retirez-vous un moment à l'écart.—Césario, tu es instruit de tout; je t'ai ouvert le livre secret de mon coeur. Ainsi, bon jeune homme, dirige tes pas vers elle. Ne te laisse pas interdire l'entrée: poste-toi à ses portes, et dis-leur que ton pied y prendra racine jusqu'à ce que tu obtiennes une audience.
VIOLA.—Sûrement, mon noble duc, si elle est aussi abandonnée à son chagrin qu'on le dit, jamais elle ne voudra me recevoir.