MARIE.—Je glisserai sur son chemin quelques épîtres d'amour en style obscur, dans lesquelles, à la couleur de sa barbe, à la forme de sa jambe, à sa tournure, à sa démarche, à l'expression de ses yeux, à son front, à son teint, il se reconnaîtra dépeint de la manière la plus palpable. Je peux écrire tout comme ferait madame votre nièce; nous pouvons à peine distinguer nos deux écritures dans une lettre dont le sujet est oublié.
SIR TOBIE.—Excellent! Je flaire la ruse.
SIR ANDRÉ.—Elle me monte aussi au nez.
SIR TOBIE.—Il croira, par des lettres que vous laisserez tomber sur son passage, qu'elles viennent de ma nièce, et qu'elle est amoureuse de lui.
MARIE.—Oui, mon projet est un cheval de cette couleur-là.
SIR ANDRÉ[41].—Et votre cheval fera de lui un âne.
Note 41:[ (retour) ] Tirwhylt pense qu'il faut donner cette réponse et celle d'après à sir Tobie; il les trouve trop fines pour sir André, qui ne juge rien par lui-même, et ne fait que répéter l'avis des autres.
MARIE.—Oui, un âne, je n'en doute pas
SIR ANDRÉ.—Oh! cela sera admirable.
MARIE.—Un plaisir de roi, je vous en assure. Je sais que ma médecine opérera sur lui. Je vous posterai tous deux en embuscade, et le fou fera le troisième dans un lieu où il trouvera la lettre: observez bien comme il l'interprétera. Pour ce soir, au lit; et rêvons à l'événement. Adieu!