SIR TOBIE.—Ou je le bâtonnerai et lui ferai crier O.

MALVOLIO.—C'est l'I qui vient par derrière.

FABIAN.—Oui, si vous aviez un oeil[49] par derrière, vous pourriez voir plus de châtiments à vos talons que de bonnes fortunes devant vous.

Note 49:[ (retour) ] Jeu de mots sur I et eye, oeil, qui se prononcent de la même manière.

MALVOLIO.—M.O.A.I, cela ne s'ajuste pas si bien qu'auparavant; et pourtant en forçant un peu, l'apparence pourrait pencher vers moi: car chacune de ces lettres se trouve dans mon nom. Doucement: voyons; voici de la prose qui suit: «Si cette lettre tombe dans tes mains, médite-la. Mon étoile m'a placée au-dessus de toi; mais ne t'effraye point de la grandeur. Quelques-uns naissent grands; d'autres parviennent à la grandeur, et il en est que la grandeur vient chercher elle-même. Ta destinée t'ouvre les bras, que ton audace et ton courage l'embrassent. Et pour l'accoutumer à ce que tu dois vraisemblablement devenir, sors de ton humble obscurité, et parais fier et brillant. Sois contredisant avec un parent, hautain avec les serviteurs: que ta bouche raisonne politique, prends les manières d'un homme original. Voilà les conseils que donne celle qui soupire pour toi. Souviens-toi de celle qui fit l'éloge de tes bas jaunes et qui souhaita de te voir toujours les jarretières croisées. Souviens-t'en, je te le répète. Va, poursuis: ta fortune est faite, si tu le veux; si tu ne le veux pas, reste donc un simple intendant, le compagnon des valets, et un homme indigne de toucher la main de la fortune. Adieu: celle qui voudrait changer d'état avec toi.—L'HEUREUSE INFORTUNÉE.» La lumière du jour et la plaine ouverte n'en montrent pas davantage: cela est évident. Je veux devenir fier; lire les auteurs politiques; je contrecarrerai sir Tobie; je me décrasserai de mes grossières connaissances; je serai tiré à quatre épingles; je deviendrai l'homme par excellence.—Je ne fais pas maintenant l'imbécile; je ne laisse pas mon imagination se jouer de moi: car toutes sortes de raisons concourent à me prouver que ma maîtresse est amoureuse de moi: elle louait dernièrement mes bas jaunes; elle a vanté ma jambe et sa jarretière; et dans cette lettre elle se découvre elle-même à mon amour; c'est avec une espèce d'injonction, qu'elle m'invite à porter les parures qu'elle préfère. Je rends grâces à mon étoile; je suis heureux. Je me singulariserai, je me pavanerai, en bas jaunes, et en riches jarretières, et tout cela le temps de les mettre. Louange à Jupiter et à mon étoile!—Ah! voici encore un post-scriptum.—«Il est impossible que tu ne devines pas qui je suis. Si tu agrées mon amour, fais-le voir dans ton sourire: ton sourire te sied à merveille: souris donc toujours en ma présence, mon doux ami, je t'en conjure.» O Jupiter, je te remercie.—Je sourirai: je ferai tout ce que tu voudras que je fasse.

(Il sort.)

FABIAN.—Je ne donnerais pas ma part de cette scène divertissante pour une pension de mille roupies que me payerait le sophi[50].

Note 50:[ (retour) ] Allusion à sir Robert Shirley, ambassadeur près du sophi.

SIR TOBIE.—J'épouserais cette fille pour cette seule invention.

SIR ANDRÉ.—Et moi aussi.