SALANIO.--Vous ferez mieux d'avertir Antonio de ce que vous savez; mais ne le faites pas trop brusquement, de peur de l'affliger.
SALARINO.--Il n'est pas de plus excellent homme sur la terre. J'ai vu Bassanio et Antonio se séparer. Bassanio lui disait qu'il hâterait son retour le plus qu'il pourrait; Antonio lui répondait: «N'en faites rien, Bassanio; n'allez pas, pour l'amour de moi, gâter vos affaires par trop de précipitation: laissez mûrir les choses autant qu'il conviendra. Quant au billet que le Juif a de moi, n'en laissez pas occuper votre esprit amoureux; tenez-vous en joie: que votre première pensée soit de trouver les moyens de plaire, et de faire éclater votre amour par les témoignages les plus propres à réussir.» A ces mots, les yeux gros de larmes et détournant le visage, il a tendu sa main en arrière, et il a serré celle de Bassanio avec une affection singulièrement tendre; et c'est ainsi qu'ils se sont séparés.
SALANIO.--Je crois qu'il n'aime la vie que pour lui: je t'en prie, allons le trouver, et tâchons d'alléger par quelque divertissement la tristesse à laquelle il se livre.
SALARINO.--Oui, allons.
(Ils sortent.)
SCÈNE IX
A Belmont.--Une pièce de la maison de Portia.
Entre NÉRISSA avec UN VALET.
NÉRISSA, au valet.--Vite et vite, je t'en prie, tire vite le rideau. Le prince d'Aragon a prêté le serment, et il s'avance pour choisir.
(Fanfare de cors. Entrent le prince d'Aragon, Portia et leur suite.)