ARTHUR.--Cela ne servirait qu'à le faire rougir et brûler de honte de vos procédés, Hubert: peut-être même qu'il lancerait des étincelles dans vos yeux, et que, comme un dogue qu'on force de combattre, il s'attaquerait à son maître qui le pousse malgré lui. Tout ce que vous voulez employer pour me faire du mal vous refuse le service. Vous seul n'avez point cette pitié qui s'étend jusqu'au fer cruel et au feu, êtres connus pour servir aux usages impitoyables.
HUBERT.--Eh bien! vois pour vivre [19]! Je ne toucherais pas à tes yeux pour tous les trésors que possède ton oncle. Cependant j'avais juré, et j'avais résolu, enfant, de te brûler les yeux avec ce fer.
Note 19:[ (retour) ] See to live. Les commentateurs sont embarrassés sur le sens de cette expression, qui paraît suffisamment expliquée par la promesse qu'avait faite Hubert à Jean d'ôter la vie à Arthur, et les détails subséquents à cette scène qui prouvent que c'était bien là son dessein. On voit dans le moyen âge plusieurs de ceux dont les yeux ont été brûlés périr dans ce supplice, ou par ses suites. L'opération devait probablement être faite sur Arthur de manière à avoir ce résultat.
ARTHUR.--Ah! maintenant vous ressemblez à Hubert; tout ce temps vous étiez déguisé.
HUBERT.--Paix! pas un mot de plus; adieu. Il faut que votre oncle vous croie mort. Je vais charger ces farouches espions de rapports trompeurs. Toi, joli enfant, dors sans inquiétude, et sois certain que, pour tous les biens de l'univers, Hubert ne te fera jamais de mal.
ARTHUR.--Oh ciel!--Je vous remercie, Hubert.
HUBERT.--Silence! pas un mot; rentre sans bruit avec moi. Je m'expose pour toi à de grands dangers.
SCÈNE II
Toujours en Angleterre.--Une salle d'apparat dans le palais.
Entrent LE ROI JEAN, couronné; PEMBROKE, SALISBURY
et autres seigneurs.--Le roi monte sur son trône.