PEMBROKE.--Voilà l'homme qui était chargé de cette exécution sanglante. Il a montré son ordre à un de mes amis. L'image de quelque odieuse scélératesse vit dans ses yeux. Son air en dessous porte toutes les apparences d'un coeur bien troublé, et je crains beaucoup que l'acte dont nous avions peur qu'il n'eût été chargé ne soit consommé.

SALISBURY.--Les couleurs du roi vont et viennent entre sa conscience et son projet comme les hérauts entre deux terribles armées en présence. Sa passion est mûre; il faut qu'elle crève.

PEMBROKE.--Et si elle crève, nous en verrons sortir, je le crains bien, l'affreuse corruption de la mort d'un aimable enfant.

LE ROI JEAN.--Nous ne pouvons arrêter le bras inflexible de la mort. Chers seigneurs, bien que ma volonté d'accorder existe toujours, l'objet de votre requête est mort.--Il nous apprend qu'Arthur est décédé de cette nuit.

SALISBURY.--Nous avions craint, en effet, que son mal ne fut au-dessus de tout remède.

PEMBROKE.--Oui, nous avons su combien sa mort était prochaine, avant même que l'enfant se sentît malade.--Il faudra rendre compte de cela ici ou ailleurs.

LE ROI JEAN.--Pourquoi tournez-vous sur moi de si graves regards? Pensez-vous que j'aie en mes mains les ciseaux de la destinée? Puis-je commander au pouls de la vie?

SALISBURY.--La tricherie est visible, et c'est une honte qu'un roi la laisse si grossièrement apercevoir. Prospérez dans votre jeu: adieu.

PEMBROKE.--Arrête, lord Salisbury; je vais avec toi chercher l'héritage de ce pauvre enfant, ce petit royaume d'un tombeau dans lequel on l'a forcé d'entrer. Trois pieds de terre renferment le coeur à qui appartenait toute l'étendue de cette île.--Quel mauvais monde cependant!--Cela n'est pas supportable; cela éclatera pour notre chagrin à tous, et avant peu, je le crains bien.

(Ils sortent.)