Note 21:[ (retour) ] Dans l'acte où Jean reconnaît son royaume vassal et tributaire du saint-siége, il déclare n'avoir pas été contraint par la crainte, mais avoir agi par sa libre volonté. On ne sait si c'est une malice ou une ingénuité du poëte d'avoir conservé ces paroles.

(Entre le Bâtard.)

LE BATARD.--Tout le Kent s'est rendu; il n'y a plus que le château de Douvres qui tienne encore. Londres vient de recevoir le dauphin et son armée comme des hôtes chéris. Vos nobles refusent de vous entendre et sont allés offrir leurs services à votre ennemi; et le trouble de la frayeur disperse çà et là le petit nombre de vos douteux amis.

LE ROI JEAN.--Mes nobles n'ont-ils donc pas voulu revenir à moi quand ils ont appris que le jeune Arthur était vivant?

LE BATARD.--Ils l'ont trouvé mort et jeté dans la rue; cassette vide d'où le joyau de la vie avait été dérobé et emporté par quelque damnable main.

LE ROI JEAN.--Ce traître d'Hubert m'avait dit qu'il était vivant.

LE BATARD.--Sur mon âme, il l'a dit parce qu'il le croyait.--Mais pourquoi vous laisser ainsi abattre? Pourquoi cet air triste? soyez grand en action comme vous l'avez été en pensée: que le monde ne voie pas la crainte et le découragement gouverner les regards d'un roi. Soyez prompt comme les événements; montrez-vous de feu avec le feu; menacez qui vous menace; faites tête aux terreurs qui veulent vous épouvanter. Ainsi les inférieurs, qui, l'oeil sur les grands, les prennent pour modèles de leur conduite, deviendront grands à votre exemple et revêtiront l'esprit intrépide du courage. Allons, brillez comme le dieu de la guerre quand il se prépare à tenir la plaine. Montrez-vous plein d'audace et d'une ambitieuse confiance. Quoi! faudra-t-il qu'ils viennent chercher le lion dans son antre, qu'ils viennent l'y effrayer, l'y faire trembler? Oh! qu'on ne dise pas cela! Parcourez le pays, courez chercher le mécontentement hors de vos portes, et luttez avec lui avant de le laisser arriver si près.

LE ROI JEAN.--Le légat du pape vient de me quitter: je me suis heureusement réconcilié avec lui, et il m'a promis de congédier l'armée que commande le dauphin.

LE BATARD.--Oh! traité honteux! Quoi! lorsqu'une armée envahissante aborde dans notre pays, nous enverrons des paroles pacifiques, nous aurons recours aux compromis, aux insinuations, aux pourparlers, à de honteuses trêves? Un enfant sans barbe, un étourdi élevé dans la soie, viendra braver nos champs de bataille, et témoigner son courage sur ce sol belliqueux, insultant les airs de ses enseignes vainement déployées, et il ne trouvera aucune résistance? Non: courons aux armes, mon prince. Peut-être que le cardinal ne pourra vous obtenir la paix; mais s'il l'obtient, qu'on puisse dire au moins qu'ils ont vu que nous avions l'intention de nous défendre.

LE ROI JEAN.--Eh bien! prenez la conduite de nos affaires actuelles.