LE BATARD.--Allons donc et courage. Je suis bien sûr que nous sommes encore en état de faire face à des ennemis plus terribles.

(Ils sortent.)

SCÈNE II

Une plaine près de Saint-Edmonsbury [22].

Entrent en armes LOUIS, SALISBURY, MELUN,
PEMBROKE, BIGOT, soldats.

Note 22:[ (retour) ] Shakspeare n'a point ici déterminé le lieu de la scène; mais d'après l'intention annoncée des lords de rejoindre Louis à Saint-Edmonsbury, et ce que dit ensuite Melun des serments prononcés en ce lieu, les derniers éditeurs ont cru pouvoir y placer cette scène.

LOUIS, à Melun.--Sire de Melun, faites faire une copie de ceci, gardez-la soigneusement pour nous en conserver la mémoire; remettez l'original à ces seigneurs, afin que lorsque nous y aurons apposé nos noms, eux et nous, nous puissions, en lisant cet écrit, savoir à quoi nous nous sommes engagés par serment, et que nous gardions notre foi ferme et inviolable.

SALISBURY.--Elle ne sera jamais violée de notre côté; mais, noble dauphin, bien que nous jurions de servir vos desseins avec un zèle libre et une fidélité volontaire, cependant croyez-moi, prince, je ne puis me réjouir de voir que les plaies de l'État demandent pour appareil une révolte déshonorante, et que, pour guérir l'ulcère invétéré d'une seule blessure, il en faille ouvrir plusieurs. Oh! cela désole mon âme de prendre ce fer à mon côté pour faire des veuves, et dans ce pays, ô ciel! qui répète le nom de Salisbury pour lui demander du secours et une honorable délivrance! Mais la maladie de notre temps est telle que, pour rendre à nos droits la vigueur et la santé, nous n'avons d'autre instrument que la main de la dure injustice et du coupable désordre.--Et n'est-ce pas une pitié, ô mes tristes amis, que nous les fils, les enfants de cette île, soyons nés pour voir une heure aussi triste, pour fouler son sein chéri à la suite d'une armée étrangère et remplir les rangs de ses ennemis?--Oh! j'ai besoin de me retirer à l'écart, et de pleurer sur la honte d'une pareille nécessité.--Nous servons de cortége à la noblesse d'un pays éloigné, et nous suivons des couleurs inconnues dans ces lieux. Quoi! dans ces lieux? O ma nation! si tu pouvais t'éloigner? Si les bras de Neptune qui t'enserrent pouvaient t'emporter loin de la connaissance de toi-même, pour t'enraciner sur des rivages infidèles? Alors ces deux armées chrétiennes pourraient unir dans une veine d'alliance ce sang qu'anime la colère, et ne le répandraient pas d'une manière si contraire au bon voisinage.

LOUIS.--Tu montres en ceci un noble caractère, et les grandes affections qui luttent dans ton sein font un tremblement de terre de générosité. Oh! quel noble combat tu as livré entre la nécessité et un loyal respect! Laisse-moi essuyer cette honorable rosée qui trace sur tes joues son cours argenté. Mon coeur s'est attendri aux larmes d'une femme; c'est une inondation ordinaire, mais l'effusion de ces pleurs mâles, cette pluie que chasse de son souffle la tempête de l'âme, étonnent mes yeux et me frappent de plus de stupeur que si je voyais sur la voûte élevée des cieux se dessiner de toutes parts de brûlants météores. Lève ton front, illustre Salisbury, et chasse avec un grand coeur cette tempête: renvoie ces pleurs aux yeux d'enfants qui n'ont jamais vu le géant du monde dans ses fureurs, qui n'ont jamais rencontré d'autres aventures que les fêtes animées de l'ardeur de la jeunesse, de la joie et du bavardage. Viens, viens, car tu enfonceras ta main dans la bourse de l'opulente prospérité, aussi avant que Louis lui-même.--Et vous aussi, nobles qui unissez à mes forces le nerf des vôtres. (Entre Pandolphe avec sa suite.)--Et tenez, il me semble qu'un ange a parlé, voyez le saint légat s'avancer vers nous à grands pas; pour nous donner une garantie de la part du ciel et pour attacher à nos actions, par sa voix sacrée, le nom de justice.

PANDOLPHE.--Salut, noble prince de France. Voici ce que j'ai à vous dire: Le roi Jean s'est réconcilié avec Rome; son âme est rentrée sous le pouvoir de la sainte Église, de la grande métropole, du siége de Rome, contre lesquels il était si fort révolté. Ainsi, repliez vos étendards menaçants, et adoucissez l'esprit sauvage de la guerre furieuse; que, comme un lion nourri à la main, elle repose tranquillement aux pieds de la paix, et n'ait plus rien d'effrayant que l'apparence.