HUBERT.--Mauvaise mémoire, c'est toi et l'aveugle nuit qui m'avez fait tort.--Brave soldat, pardonne-moi si mon oreille a pu méconnaître aucun des accents de ta voix.

LE BATARD.--Allons, allons; sans compliment, quelles nouvelles y a-t-il?

HUBERT.--Eh! c'était pour vous trouver que je cheminais ici sous les sombres regards de la nuit.

LE BATARD.--Abrége donc: quelles nouvelles?

HUBERT.--O mon cher monsieur, des nouvelles convenant à la nuit, noires, effrayantes, désespérantes, horribles!

LE BATARD.--Montre-moi où a porté le coup de ces mauvaises nouvelles. Je ne suis pas une femme, et je ne m'évanouirai pas.

HUBERT.--Le roi, je le crains, a été empoisonné par un moine. Je l'ai laissé presque sans voix, et je suis accouru pour vous informer de ce malheur, afin que vous puissiez vous préparer, dans cette crise soudaine, mieux que vous ne l'auriez pu si vous aviez tardé à l'apprendre.

LE BATARD.--Comment a-t-il pris du poison? qui l'a goûté avant lui?

HUBERT.--Un moine, vous dis-je, un scélérat déterminé, dont les entrailles ont éclaté à l'instant même. Cependant le roi parle encore, et peut-être pourrait-il en revenir.

LE BATARD.--Qui as-tu laissé auprès de Sa Majesté?