LE VIEILLARD.—O mon bon maître, je suis depuis quatre-vingts ans le vassal de votre père et le vôtre.
GLOCESTER.—Va, va-t'en, mon bon ami, retire-toi: tes secours ne peuvent me faire aucun bien et pourraient te nuire.
LE VIEILLARD.—Hélas! seigneur, vous ne pouvez pas voir votre chemin.
GLOCESTER.—Je n'ai plus de chemin devant moi; je n'ai pas besoin d'yeux: je suis tombé lorsque je voyais. Cela se voit souvent que notre moyenne condition fait notre sécurité, et nos privations nous deviennent des avantages.—O mon cher fils Edgar, toi que dévorait le courroux de ton père abusé, si je pouvais seulement vivre assez pour te voir encore en te touchant, je dirais que j'ai retrouvé mes yeux.
LE VIEILLARD.—Je vois quelqu'un. Qui est là?
EDGAR, à part.—O dieux! qui peut dire: Je suis au pis? Me voilà plus mal que je n'ai jamais été.
LE VIEILLARD.—C'est Tom, le pauvre fou.
EDGAR, à part.—Et je puis être plus mal encore.—Le pire n'est point arrivé tant qu'on peut dire: Ceci est le pire.
LE VIEILLARD,—Où vas-tu, l'ami?
GLOCESTER.—Est-ce un mendiant?