BOTTOM.—Vous n'aurez pas un mot de moi. Tout ce que je vous dirai, c'est que le duc a dîné. Revêtez-vous de vos habits; de bonnes attaches à vos barbes, des rubans neufs à vos escarpins: rendez-vous tous au palais; que chacun jette un coup d'oeil sur son rôle; car la fin de l'histoire est que notre pièce est le divertissement préféré. À tout événement que Thisbé ait soin d'avoir du linge propre; et que celui qui joue le lion n'aille pas rogner ses ongles, car ils passeront pour les griffes du lion; et, mes très-chers acteurs, ne mangez point d'ognons, ni d'ail, car il faut que nous ayons une haleine douce; et, moyennant tout cela, je ne doute pas que nous ne les entendions dire: Voilà une charmante comédie! Plus de paroles; allons, partons. (Ils sortent.)
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
ACTE CINQUIÈME
SCÈNE I
Athènes.—Appartement dans le palais de Thésée
THÉSÉE, HIPPOLYTE, PHILOSTRATE, SEIGNEURS, Suite.
HIPPOLYTE.—Cela est étrange, mon cher Thésée, ce que racontent ces amants!
THÉSÉE.—Plus étrange que vrai. Jamais je ne pourrai ajouter foi à ces vieilles fables, ni à ces jeux de féerie. Les amants et les fous ont des cerveaux bouillants, une imagination féconde en fantômes, et qui conçoit au delà de ce que la froide raison peut jamais comprendre. Le fou, l'amoureux et le poëte sont tout imagination. L'un voit plus de démons que l'enfer ne peut en contenir; c'est le fou; l'amoureux, non moins extravagant, voit la beauté d'Hélène sur un front égyptien. L'oeil du poëte, roulant dans un beau délire, lance son regard du ciel à la terre, et de la terre aux cieux; et comme l'imagination donne un corps aux objets inconnus, la plume du poëte leur imprime de même des formes, et assigne à un fantôme aérien une demeure et un nom particulier; tels sont les jeux d'une imagination puissante; si elle conçoit un sentiment de joie, elle crée aussitôt un être, messager de cette joie: ou si, dans la nuit, elle se forge quelque terreur, avec quelle facilité un buisson devient un ours!
HIPPOLYTE.—Mais toute l'histoire qu'ils ont racontée de ce qui s'est passé cette nuit, leurs idées ainsi transformées, tout cela annonce plus que les illusions de l'imagination, et présente quelque chose de réel, mais de toute façon, d'admirable et d'étrange.
(Entrent Lysandre, Démétrius, Hermia et Hélène.)