Note 3: [(retour) ]
Par une loi de Solon, les pères exerçaient sur leurs enfants un droit de vie et de mort.
THÉSÉE.—Que répondez-vous, Hermia? Charmante fille, pensez-y bien. Votre père devrait être un dieu pour vous: c'est lui qui a formé vos attraits: vous n'êtes à son égard qu'une image de cire, qui a reçu de lui son empreinte; et il est en sa puissance de laisser subsister la figure, ou de la briser.—Démétrius est un digne jeune homme.
HERMIA.—Lysandre aussi.
THÉSÉE.—Il est par lui-même plein de mérite; mais, dans cette occasion, faute d'avoir l'agrément de votre père, c'est l'autre qui doit avoir la préférence.
HERMIA.—Je voudrais que mon père pût seulement voir avec mes yeux.
THÉSÉE.—C'est plutôt à vos yeux de voir avec le jugement de votre père.
HERMIA.—Je supplie Votre Altesse de me pardonner. Je ne sais pas par quelle force secrète je suis enhardie, ni à quel point ma pudeur peut être compromise, en ici mes sentiments en votre présence. Mais je conjure Votre Altesse de me faire connaître ce qui peut m'arriver de plus funeste, dans le cas où je refuserais d'épouser Démétrius.
THÉSÉE.—C'est, ou de subir la mort, ou de renoncer pour jamais à la société des hommes. Ainsi, belle Hermia, interrogez vos inclinations, considérez votre jeunesse, consultez votre coeur; voyez si, n'adoptant pas le choix de votre père, vous pourrez supporter le costume d'une religieuse, être à jamais enfermée dans l'ombre d'un cloître pour y vivre en soeur stérile toute votre vie, chantant des hymnes languissants à la froide et stérile lune. Trois fois heureuses, celles qui peuvent maîtriser assez leur sang, pour supporter ce pèlerinage des vierges: mais plus heureuse est sur la terre la rose distillée que celle qui, se flétrissant sur son épine virginale, croît, vit, et meurt dans un bonheur solitaire.
HERMIA.—Je veux croître, vivre et mourir comme elle, mon prince, plutôt que de céder ma virginité à l'empire d'un homme dont il me répugne de porter le joug, et dont mon coeur ne consent point à reconnaître la souveraineté.
THÉSÉE.—Prenez du temps pour réfléchir; et à la prochaine nouvelle lune, jour qui scellera le noeud d'une éternelle union entre ma bien-aimée et moi, ce jour-là même, préparez-vous à mourir, pour votre désobéissance à la volonté de votre père; ou bien à épouser Démétrius, comme il le désire; ou enfin à prononcer, sur l'autel de Diane, le voeu qui consacre à une vie austère et à la virginité.