PROTÉO.—Comment? Julie!

JULIE.—Reconnais celle qui fut l'objet de tous tes serments qu'elle conservait profondément dans son coeur. Ah! combien de fois, par tes parjures, tu as voulu les en arracher! Protéo, rougis de me voir ici sous cet habit; rougis de ce qu'il m'a fallu revêtir ce costume indécent, si pourtant le déguisement inspiré par l'amour peut être honteux; aux yeux de la pudeur, il est bien moins honteux pour une femme de changer d'habit, qu'il ne l'est pour un homme de changer de sentiments.

PROTÉO.—De changer de sentiments? Il est vrai; ô ciel! si l'homme était seulement constant, il serait parfait. Ce seul défaut l'entraîne dans tous les autres et le porte à tous les crimes. Mais mon inconstance finit avant même d'avoir commencé: qu'y a-t-il donc dans les traits de Silvie, que l'oeil de la constance ne puisse trouver plus charmant chez ma Julie?

VALENTIN.—Allons, donnez-moi tous deux la main que j'aie la joie de former cette heureuse union. Il serait cruel que deux coeurs qui s'aiment tant fussent longtemps ennemis.

PROTÉO.—J'en atteste le ciel! je ne désire pas autre chose.

JULIE.—Et moi j'ai tout ce que je désire.

(Entrent les voleurs, le duc et Thurio.)

UN VOLEUR.—Une prise! une prise! une prise!

VALENTIN.—Arrêtez, arrêtez! c'est mon seigneur le duc. Mon prince, vous êtes le bienvenu auprès d'un homme disgracié, de Valentin, que vous avez banni.

LE DUC.—Comment? Valentin!