THURIO.—J'aperçois Silvie, et Silvie est à moi.
VALENTIN.—Thurio, recule ou reçois la mort. Ne t'avance pas à la portée de ma colère. Ne dis pas que Silvie est à toi.—S'il t'arrive de le répéter, Milan ne te reverra plus. La voici; ose seulement porter la main sur elle. Je te défie de toucher même de ton souffle celle que j'aime.
THURIO.—Seigneur Valentin, je ne me soucie guère d'elle, moi. Je regarderais comme un fou celui qui voudrait exposer ses jours pour une fille qui ne l'aime pas: je n'ai aucune prétention sur elle, elle est donc à toi.
LE DUC.—Tu n'en es que plus lâche et plus dégénéré, de l'abandonner sous un si frivole prétexte, après tous les moyens que tu as employés pour la gagner.—Oui, par l'honneur de mes ancêtres, j'honore ton courage, Valentin, et te crois digne de l'amour d'une impératrice. Sache donc que j'oublie dès ce moment tous tes torts, que je perds toute rancune et que je te rappelle à ma cour. Demande tous les honneurs dus à ton mérite, j'y souscris par ces mots: «Valentin, tu es un gentilhomme et de bonne maison; reçois la main de ta Silvie, tu l'as méritée.»
VALENTIN.—Je vous rends grâces, mon prince; ce don fait mon bonheur, et je vous conjure maintenant, pour l'amour de votre fille, de m'accorder une grâce que je vais vous demander.
LE DUC.—Je l'accorde pour l'amour de toi, quelle qu'elle soit.
VALENTIN.—Ces hommes bannis, parmi lesquels j'ai vécu, sont doués de bonnes qualités; pardonnez-leur les fautes qu'ils ont faites, et qu'ils soient rappelés de leur exil. Mon prince, ils sont bien changés; ils sont devenus doux, civils et pleins de zèle pour le bien: ils peuvent rendre les plus grands services à l'État.
LE DUC.—Tu l'emportes, je leur pardonne ainsi qu'à toi: dispose d'eux suivant les mérites que tu leur connais. Partons pour Milan, et que toutes nos querelles se terminent par la joie, les bals et les fêtes les plus solennelles.
VALENTIN.—Et, sur la route, j'oserai prendre la liberté de vous faire sourire par le récit de mes aventures. Mon prince, que pensez-vous de ce page?
LE DUC.—Je trouve que ce jeune homme a beaucoup de grâce; il rougit.