LUCETTE.—Quand on plaide pour l'amour, on mérite une autre récompense que la haine.

JULIE.—Voulez-vous sortir?

LUCETTE.—Afin de vous donner le loisir de réfléchir.

(Elle sort.)

JULIE, seule.—Et cependant je voudrais bien avoir parcouru cette lettre. Il serait honteux maintenant de la rappeler et d'aller la prier de faire une faute pour laquelle je viens de la gronder. Qu'elle est insensée! comment? Elle sait que je suis fille, et elle ne me force pas de lire cette lettre! car les filles, par pudeur[13], disent non, et voudraient que le questionneur interprétât ce non par oui. Fi donc! fi donc! que l'amour est fantasque et bizarre! il ressemble à un enfant capricieux qui égratigne sa nourrice, et qui l'instant d'après, tout humilié, baise la verge. Avec quelle brutalité j'ai chassé Lucette, lorsque j'aurais désiré qu'elle restât ici! avec quelle dureté je me suis étudiée à lui montrer un front irrité, lorsqu'une joie intérieure forçait mon coeur à sourire! allons, ma pénitence sera de rappeler Lucette et de lui demander pardon de ma folie.—Lucette! Lucette!

Note 13: [(retour) ]

Les filles disent non et le prennent. Vieux proverbe.

(Lucette rentre.)

LUCETTE.—Que désirez-vous, madame?

JULIE.—Est-il bientôt l'heure de dîner?

LUCETTE.—Je le voudrais, afin que vous pussiez passer votre mauvaise humeur[14] sur le dîner et non sur votre suivante.