SPEED.—Vous-même, monsieur, ou je ne vous ai pas bien compris.
VALENTIN.—Je vous dis que vous êtes trop empressé.
SPEED.—Et j'ai été grondé hier d'être trop lent.
VALENTIN.—Allons, c'est bien; dis-moi si tu connais madame Silvie!
SPEED.—Celle qu'aime Votre Honneur?
VALENTIN.—Comment sais-tu que je l'aime?
SPEED.—Ma foi! par tous ces signes particuliers: d'abord, vous avez appris, à l'exemple du seigneur Protéo, à croiser vos bras comme un homme mécontent, à goûter une chanson d'amour comme un rouge-gorge, à vous promener seul comme un pestiféré, à soupirer comme un écolier qui a perdu son A b c, à pleurer comme une jeune fille qui vient d'enterrer sa grand'mère, à jeûner comme un malade qui est à la diète, à veiller les nuits comme un homme qui craint les voleurs, à parler d'un ton plaintif comme un mendiant à la Toussaint[22]. Vous aviez coutume, quand vous vous mettiez à rire, de chanter comme un coq; quand vous vous promeniez, vous aviez la démarche assurée du lion; quand vous jeûniez, ce n'était jamais qu'immédiatement après le dîner; quand vous étiez triste, c'était parce que vous manquiez d'argent; et à présent votre maîtresse a opéré en vous une si grande métamorphose que, lorsque je vous regarde, je puis à peine croire que vous soyez mon maître.
Note 22: [(retour) ]
C'est aux approches de l'hiver que les mendiants abondent.
VALENTIN.—Est-ce qu'on remarque en moi tous ces signes-là?
SPEED.—Hors de vous.