VALENTIN.—Dis qu'elle est divine.

PROTÉO.—Je ne veux pas flatter.

VALENTIN.—Oh! flatte-moi, l'amour se complaît dans les louanges.

PROTÉO.—Quand j'étais malade, tu me donnais d'amères pilules, et je dois t'en faire avaler de semblables à mon tour.

VALENTIN.—Dis au moins la vérité sur Silvie; si tu ne veux pas qu'elle soit une divinité, avoue du moins qu'elle est la première souveraine de toutes les créatures de la terre.

PROTÉO.—Si tu en exceptes ma maîtresse.

VALENTIN.—Non, mon cher ami, n'en excepte aucune, à moins que tu ne veuilles faire injure à ma bien-aimée.

PROTÉO.—N'ai-je pas raison de préférer la mienne?

VALENTIN.—Et je veux même t'aider aussi à la préférer; elle méritera l'honneur suprême de porter la queue traînante de ma maîtresse, de peur que la terre ignoble ne puisse par hasard voler un baiser à ses vêtements, et que fière d'une si grande faveur, elle ne dédaigne de nourrir les fleurs[34] de l'été et ne rende éternelles les rigueurs de l'hiver.

Note 34: [(retour) ]

Estate tumentes.