VALENTIN.—Dis-moi à présent comment se porte tout le monde, là d'où tu viens.
PROTÉO.—Ta famille est en bonne santé et m'a chargé de mille compliments pour toi.
VALENTIN.—Et la tienne?
PROTÉO.—J'ai aussi laissé tous mes parents en bonne santé.
VALENTIN.—Comment va ta maîtresse? Tes amours prospèrent-ils?
PROTÉO.—Mes récits d'amour avaient coutume de t'ennuyer; je sais que tu n'aimes pas à parler d'amour.
VALENTIN.—Ah! Protéo! ma vie est bien changée aujourd'hui: j'ai fait pénitence d'avoir méprisé l'amour. Il s'est bien vengé de ces dédains par les jeûnes cruels, les soupirs de contrition, les larmes des nuits et les angoisses du jour. En punition de mes mépris, l'amour a banni le sommeil de mes yeux asservis et les a forcés de veiller sans cesse les chagrins de mon coeur. O mon cher Protéo! l'amour est un maître puissant, et il m'a tant humilié, que je confesse qu'il n'est point de maux comparables à ses châtiments, comme il n'est point de bonheur sur la terre comparable à son service. Ne me parle plus maintenant que d'amour. Maintenant je déjeune, je dîne, je soupe et je dors rien qu'avec le nom de l'amour.
PROTÉO.—C'en est assez; je lis ton sort dans tes yeux. Est-ce là l'idole que tu adores?
VALENTIN.—Elle-même.—Dis-moi, n'est-ce pas un ange céleste?
PROTÉO.—Non, mais c'est une perfection terrestre.