(Ils sortent.)
SCÈNE II
Milan.—Cour du palais.
Entre PROTÉO.
J'ai déjà trompé Valentin, il faut aussi que je trahisse Thurio. Sous prétexte de parler en sa faveur, j'ai la liberté d'avancer mon amour auprès de Silvie; mais Silvie est trop droite, trop sincère, trop pure, pour se laisser séduire par mes vils présents. Quand je lui promets une fidélité inviolable, elle me reproche d'avoir trahi mon ami. Quand je jure d'être fidèle à sa beauté, elle me rappelle que je me suis parjuré en violant la foi promise à Julie que j'aimais. Cependant, malgré tous ses violents reproches, dont le moindre pourrait éteindre tout l'espoir d'un amant, eh bien! plus elle méprise mon amour et plus il croît, et, semblable à un souple épagneul, plus il devient caressant. Mais voici Thurio: il nous faut aller sous la fenêtre de Silvie et lui donner une sérénade nocturne.
(Arrivent Thurio et les musiciens.)
THURIO.—Comment! seigneur Protéo, vous vous êtes glissé ici avant nous?
PROTÉO.—Oui, mon cher Thurio, vous savez que l'amour se glisse où il ne saurait entrer de front.
THURIO.—Oui, mais j'espère cependant que vous n'aimez pas ici.
PROTÉO.—Oui, seigneur, j'aime, sans cela je ne serais pas ici.