SILVIE—Quel est donc votre bon plaisir?
PROTÉO—De savoir le vôtre.
SILVIE—Vos voeux sont exaucés; mon bon plaisir est que sur l'heure vous vous éloigniez de ces lieux, et que vous alliez vous mettre au lit. Fourbe, parjure, homme faux et déloyal, penses-tu que je sois assez simple, assez stupide, pour me laisser séduire par tes flatteries, toi qui as trompé tant d'infortunées par les serments? Retourne, retourne vers le premier objet de ton amour, et demande-lui pardon; car, pour moi, j'en jure par cette pâle reine de la nuit, je suis aussi loin de céder à tes voeux que je te méprise pour ta lâche et coupable recherche. Et je vais me reprocher tout à l'heure le temps que je perds ici à te répondre.
PROTÉO—J'avoue, belle Silvie, que j'ai aimé une dame, mais elle est morte.
JULIE, à part.—Tu ne serais qu'un menteur si je parlais, car je suis sure qu'elle n'est pas enterrée.
SILVIE—Tu dis qu'elle est morte; mais Valentin, ton ami, il vit encore, et tu es témoin que je lui suis fiancée; ne rougis-tu pas de le trahir ici par tes importunités?
PROTÉO—J'ai appris aussi que Valentin était mort.
SILVIE—Eh bien! suppose aussi que je le suis; car, je te t'assure, mon amour est enseveli dans son tombeau.
PROTÉO—Douce Silvie, laissez-le-moi tirer de la terre.
SILVIE—Va sur le tombeau de ton amante, réveille-la par tes gémissements; ou au moins que sa tombe soit la tienne.