JULIE, à part.—Il n'entend pas cela.

PROTÉO—Madame, si votre coeur est si endurci, daignez du moins accorder votre portrait à mon amour; ce portrait qui est suspendu dans votre chambre. Je lui parlerai, je lui adresserai mes soupirs et mes larmes; car, puisque votre personne si parfaite est dévouée à un autre, je ne suis qu'une ombre, et je consacrerai un fidèle amour à la vôtre.

JULIE, à part.—Si tu possédais l'original, tu le tromperais à coup sûr, et tu n'en ferais bientôt qu'une ombre comme moi.

SILVIE—Il ne me plaît guère, monsieur, d'être votre idole, mais puisqu'il convient à votre coeur perfide d'adorer des ombres et d'idolâtrer des formes vaines, envoyez demain le chercher chez moi, et je vous le donnerai. Ainsi, bonne nuit.

PROTÉO—Oui, une nuit comme celle que passent les malheureux qui s'attendent à être exécutés le lendemain matin.

(Silvie ferme sa fenêtre. Protéo sort.)

JULIE—Mon hôte, voulez-vous partir?

L'AUBERGISTE—Par Notre-Dame! j'étais profondément endormi.

JULIE—Dites-moi, je vous prie, où demeure le seigneur Protéo.

L'AUBERGISTE—Il loge chez moi. Hé! mais vraiment, je crois qu'il est bientôt jour.