LAUNCE.—Oui, monsieur. L'autre, qui était comme un écureuil, m'a été volé par les enfants du bourreau sur la place du marché; et, alors, j'ai offert à Silvie mon chien propre, qui est un chien dix fois plus gros que le vôtre. Ainsi le présent était bien plus considérable.
PROTÉO.—Va-t'en; cours retrouver mon chien, ou ne reparais jamais à mes yeux. Va-t'en, te dis-je. Restes-tu là pour me faire mettre en colère? Un coquin qui m'expose tous les jours à rougir de ses sottises! (Launce sort.) Sébastien, je t'ai pris à mon service, en partie parce que j'ai besoin d'un jeune homme comme toi, qui s'acquitte de mes ordres avec quelque intelligence; car je ne peux jamais me fier à ce butor; mais c'est encore plus pour ta physionomie et tes manières, qui, je ne me trompe point dans mes conjectures, annoncent une bonne éducation, un caractère heureux et franc. Sache donc bien que c'est à cause de cela que je te retiens à mon service. Pars à l'instant, et remets cet anneau à madame Silvie. Elle m'aimait bien, celle qui me l'a donné.
JULIE.—Il paraît que vous ne l'aimiez pas, puisque vous vous défaites ainsi de ses présents. Elle est morte, probablement.
PROTÉO.—Non, je crois qu'elle vit encore.
JULIE.—Hélas!
PROTÉO.—Pourquoi cet hélas?
JULIE.—Je ne puis m'empêcher d'avoir pitié d'elle.
PROTÉO.—Pourquoi aurais-tu pitié d'elle?
JULIE.—Parce que je crois qu'elle vous aimait autant que vous aimez votre madame Silvie. Elle rêve à celui qui a oublié sa tendresse et vous ne respirez que pour celle qui dédaigne vos hommages; c'est dommage que l'amour soit si contraire à lui-même, et cette pensée me force à dire hélas!
PROTÉO.—Allons; donne-lui cet anneau et aussi cette lettre.—Voilà sa chambre; dis à madame Silvie que je réclame le céleste portrait qu'elle m'a promis. Ce message fait, reviens aussitôt à ma chambre, où tu me trouveras triste et solitaire.