SILVIE.—Ursule, apportez ici mon portrait. (Ursule apporte le portrait.) Va, donne ceci à ton maître, et dis-lui de ma part qu'une certaine Julie, que son coeur inconstant a pu oublier, ornerait beaucoup mieux sa chambre que cette ombre vaine.
JULIE.—Madame, voudriez-vous bien lire cette lettre? Pardonnez, madame, j'allais vous en donner une qui ne vous est pas adressée; voici celle de Votre Seigneurie.
SILVIE.—Laisse-moi revoir l'autre, je te prie.
JULIE.—Je ne le puis; excusez-moi, madame.
SILVIE.—Tiens, reprends celle-ci. Je ne veux pas jeter les yeux sur la lettre de ton maître; je sais quelle est farcie de protestations et de serments nouvellement inventés, et qu'il violerait aussi aisément que je déchire son papier.
JULIE.—Il vous envoie aussi cet anneau, madame.
SILVIE.—C'est une honte de plus pour celui qui me l'envoie; car je lui ai mille fois entendu dire que sa Julie le lui avait donné à son départ. Quoique son doigt parjure ait profané l'anneau, le mien ne fera point à Julie un tel affront.
JULIE.—Elle vous remercie.
SILVIE.—Que dis-tu?
JULIE.—Je vous remercie, madame, de ce que vous avez compassion d'elle. La pauvre fille! mon maître l'a traitée bien mal.