LUCIO.—Quoi, est-ce un meurtre?
CLAUDIO.—Non.
LUCIO.—Une débauche?
CLAUDIO.—Si tu veux.
LE PRÉVÔT.—Allons! monsieur, il faut marcher.
CLAUDIO.—Encore un mot, mon ami.—(Il prend Lucio à part.) Lucio, un mot à l'oreille.
LUCIO.—Cent, s'ils peuvent te faire quelque bien.—Est-ce qu'on regarde de si près à la débauche?
CLAUDIO.—Voici ma position. D'après un contrat sérieux, j'ai acquis la possession du lit de Juliette. Vous la connaissez; elle est parfaitement ma femme, si ce n'est qu'il nous manque de l'avoir déclaré par les cérémonies extérieures. Nous n'en sommes point venus là, uniquement dans la vue de conserver une dot, qui reste dans le coffre de ses parents, auxquels nous avons cru devoir cacher notre amour, jusqu'à ce que le temps les réconcilie avec nous. Mais le malheur veut que le secret de notre union mutuelle se lise en caractères trop visibles sur la personne de Juliette.
LUCIO.—Un enfant, peut-être?
CLAUDIO.—Hélas! oui, malheureusement; et le nouveau ministre qui remplace le duc... je ne sais si c'est la faute et l'éclat de la nouveauté, ou si le corps de l'État ressemble à un cheval monté par le gouverneur, qui, nouvellement en selle, et pour lui faire sentir son empire, lui fait sentir tout d'abord l'éperon; ou si la tyrannie est attachée à la dignité, ou bien à l'homme qui l'exerce... Je m'y perds... Mais ce nouveau gouverneur vient de réveiller toutes les vieilles lois pénales qui étaient restées suspendues à la muraille comme une armure rouillée, depuis si longtemps que le zodiaque avait dix-neuf fois fait son tour, sans qu'aucune d'elles eût été mise en exécution; et aujourd'hui, pour se faire un nom, il vient appliquer contre moi ces décrets assoupis et si longtemps négligés: sûrement c'est pour faire parler de lui.