LUCIO.—Je garantirais que oui; et ta tête tient si peu sur tes épaules, qu'une laitière amoureuse pourrait la faire tomber d'un soupir. Envoie après le duc, et appelles-en à lui.
CLAUDIO—Je l'ai déjà fait; mais on ne peut le trouver.—Je t'en conjure, Lucio, rends-moi un service: aujourd'hui ma soeur doit entrer au couvent, et y commencer son noviciat. Fais-lui connaître le danger de ma position; implore-la en mon nom; prie-la d'employer des amis auprès du rigide ministre; dis-lui d'aller elle-même sonder son coeur. Je fonde là-dessus de grandes espérances; car il est à son âge un langage muet et touchant qui est fait pour émouvoir les hommes: en outre, elle a un talent heureux quand elle veut employer les raisonnements et la parole, et elle sait persuader.
LUCIO.—Je prie le ciel qu'elle y réussisse, autant pour le salut des autres coupables de ton espèce qui, sans cela, auraient à subir des peines rigoureuses, que pour te conserver la vie, que je serais bien fâché que tu perdisses si follement à un jeu de tic tac. Je vais la trouver.
CLAUDIO.—Je te remercie, bon ami Lucio.
LUCIO.—D'ici à deux heures...
CLAUDIO.—Allons, prévôt, marchons.
(Ils sortent.)
SCÈNE IV
Un monastère.
Entrent LE DUC et LE MOINE THOMAS.