ISABELLE.—Pourquoi dites-vous son malheureux frere? Permettez-moi cette question, d'autant plus que je dois vous déclarer à présent que je suis cette Isabelle, et sa soeur.
LUCIO.—Aimable et belle novice, votre frère vous dit mille tendresses; il est en prison.
ISABELLE.—O malheureuse! Eh! pourquoi?
LUCIO.—Pour une action qui lui vaudrait de ma part, si je pouvais être son juge, des remerciements pour punition: il a fait un enfant à sa bonne amie.
ISABELLE.—Monsieur, ne vous jouez pas de moi!
LUCIO.—C'est la vérité.—Je ne voudrais pas (quoique ce soit mon péché familier d'imiter le vanneau avec les jeunes filles, et de badiner, la langue loin du coeur[9]) prendre cette licence avec les vierges. Je vous regarde comme un objet consacré au ciel et sanctifié, comme un esprit immortel par votre renoncement au monde, et auquel il faut parler avec sincérité comme à une sainte.
Note 9: [(retour) ]
La langue loin du coeur, c'est-à-dire quand le vanneau s'éloigne en criant de son nid pour tromper l'oiseleur.
ISABELLE.—Vous blasphémez le bien en vous moquant ainsi de moi.
LUCIO.—Ne le croyez pas. Brièveté et vérité, voici le fait: votre frère et son amante se sont embrassés; et comme il est naturel que ceux qui mangent se remplissent, que la saison des fleurs conduise la semence d'une jachère dépouillée à la maturité de la moisson, de même son sein annonce son heureuse culture et son industrie.
ISABELLE.—Y a-t-il quelque fille enceinte de lui? ma cousine Juliette?