Appartement du palais du duc.
LE DUC, ESCALUS, SEIGNEURS et suite.
LE DUC.—Escalus!
ESCALUS.—Seigneur!
LE DUC.—Vouloir vous expliquer les principes de l'administration paraîtrait en moi une affectation vaine et discours inutiles, puisque je sais que vos propres connaissances dans l'art de gouverner surpassent tous les conseils et les instructions que pourrait vous donner mon expérience. Il ne me reste donc qu'un mot à vous dire: votre capacité égalant votre vertu, laissez-les agir ensemble et de concert[4]. Le caractère de notre population, les lois de notre cité, les formes de la justice sont des matières que vous possédez à fond, autant qu'aucun homme instruit par l'art et la pratique que nous nous rappelions. Voilà notre commission, dont nous ne voudrions pas vous voir vous écarter.—(A un domestique.) Allez dire à Angelo de se rendre ici.—Quelle opinion avez-vous de sa capacité pour nous remplacer? Car vous savez que nous l'avons choisi avec un soin particulier pour nous représenter dans notre absence, que nous l'avons armé de toute la puissance de notre autorité, revêtu de tout l'empire de notre amour, et que nous lui avons transmis enfin par sa commission tous les organes de notre pouvoir. Qu'en pensez-vous?
Note 4: [(retour) ]
Les commentateurs ont trouvé ici une lacune qu'ils n'ont pu remplir.
ESCALUS.—S'il est dans Vienne un homme digne d'être revêtu d'un si grand honneur, et de si hautes fonctions, c'est le seigneur Angelo.
(Entre Angelo.)
LE DUC.—Le voilà qui vient.
ANGELO.—Toujours soumis aux volontés de Votre Altesse, je viens savoir vos ordres.