CLAUDIO.—Fais-moi connaître ce moyen.

ISABELLE.—Oh! je te crains, Claudio, je tremble que tu ne veuilles conserver une vie maladive, et que tu n'attaches plus de prix à six ou sept hivers de plus, qu'à un honneur éternel. Oses-tu mourir? Le sentiment de la mort est surtout dans la crainte, et le malheureux insecte que nous foulons aux pieds éprouve des angoisses corporelles aussi cruelles qu'un géant en ressent pour mourir.

CLAUDIO.—Peux-tu me faire cet outrage? Me crois-tu si faible que je sois incapable d'une résolution courageuse? S'il faut que je meure, j'irai au-devant de la mort, comme au-devant d'une fiancée, et je la serrerai dans mes bras.

ISABELLE.—C'est mon frère qui vient de parler; cette voix est sortie du tombeau de mon père.—Oui, tu dois mourir: tu es trop généreux pour conserver une vie au prix de viles sollicitations. Ce ministre, avec un air de sainteté, dont la grave parole et le visage composé atterrent la jeunesse, et font trembler la folie, comme le faucon la perdrix; eh bien! c'est un démon; si l'on retirait toute la fange qui le remplit, il nous paraîtrait un abîme aussi profond que l'enfer.

CLAUDIO.—Le seigneur Angelo?

ISABELLE.—Oh! il porte la trompeuse livrée de l'enfer, qui se plaît à revêtir un corps de réprouvé d'ornements majestueux.—Croiras-tu, Claudio, que si je lui livrais ma virginité, tu pourrais être sauvé?

CLAUDIO.—O ciel! cela n'est pas possible.

ISABELLE.—Oui, au prix de ce crime détestable, il te donnerait la liberté de l'offenser encore. Cette nuit même est le moment où je devrais faire ce que j'ai horreur de nommer; autrement tu meurs demain.

CLAUDIO.—Tu ne le feras pas.

ISABELLE.—Oh! si ce n'était que ma vie, je la jetterais, pour te sauver, avec autant d'indifférence qu'une épingle.